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Les avis Google sont devenus un réflexe commercial : on les sollicite, on les affiche en page d’accueil, on en fait un argument de vente. Pour la plupart des activités, c’est sans risque. Pour un psychologue, ce réflexe entre en tension avec la déontologie de la profession et parfois avec la loi.
Cet article s’appuie sur le code de déontologie des psychologues (version 2021), tout en précisant sa portée réelle. Il défend une recommandation claire : ne pas publier d’avis ou de témoignages de patients sur son site internet, et adopter sur Google une posture défensive plutôt qu’active.
Éthique, déontologie, loi : trois plans à ne pas confondre
Ces termes sont souvent employés comme synonymes, à tort.
- L’éthique est une réflexion morale sur ce qui fonde la pratique : valeurs, sens, manière d’être face à autrui. Singulière, en situation, elle excède toute codification.
- La déontologie est l’ensemble des devoirs codifiés d’une profession. Pour les psychologues, c’est le code 2021, élaboré par une vingtaine d’organisations (CERéDéPsy) : un cadre normatif sans force de loi.
- La loi est le droit positif : code pénal, RGPD, lois sur l’usage du titre. Sa violation expose à des sanctions juridiques.
Conséquence importante : en France, il n’existe pas d’ordre des psychologues, et le Syndicat national des psychologues décrit le code comme reconnu mais « non légalisé ». Dire qu’une pratique est « interdite par la déontologie » est donc imprécis : il vaut mieux parler de pratiques déconseillées, en tension avec le code, ou peu compatibles avec lui — sauf lorsqu’une obligation légale distincte s’applique. La plus pertinente ici est le secret professionnel (articles 226-13 et 226-14 du code pénal), repris à l’article 7 du code de déontologie et confirmé en 2023 par le ministère de la Santé.
Le code lui-même formule cette articulation : « le respect du présent code repose sur une réflexion éthique et une capacité de discernement ». L’éthique anime l’application de la déontologie, sans s’y résumer.
Pourquoi les avis posent un problème spécifique aux psychologues
Un avis client classique n’engage ni déontologie ni secret professionnel : le client d’un coiffeur ou d’un restaurateur n’est pas dans une relation asymétrique, et l’avis ne touche pas à son intimité psychique. Pour un psychologue, trois éléments changent la donne :
- Asymétrie de la relation thérapeutique : toute sollicitation d’avis repose sur ce déséquilibre.
- Objet confidentiel : un avis, même anodin (« j’ai été bien accueilli·e »), confirme publiquement qu’une personne a consulté — information protégée par le secret.
- Identité publique : un avis Google est signé d’un prénom, parfois d’une photo. La discrétion attendue d’un suivi psychologique disparaît.
Ce que le code de déontologie 2021 éclaire
Le code ne mentionne pas les avis en ligne, mais plusieurs articles donnent un cadre clair.
Article 7 — Secret professionnel (lien direct avec la loi). « Le secret professionnel couvre tout ce dont la·le psychologue a connaissance dans l’exercice de sa profession. » Ici, le code reprend une obligation pénale. Répondre à un avis Google par « merci pour votre confiance pendant ces six mois de suivi » peut contrevenir au secret professionnel — risque pénal, pas seulement déontologique.
Article 14 — Ne pas user de sa position. « La·le psychologue n’use pas de sa position à des fins personnelles […] ou d’aliénation économique […] des personnes qu’elle·il rencontre. » Solliciter un avis, même par une formule légère, instrumentalise la relation thérapeutique à des fins commerciales. Pratique difficile à justifier devant des pairs ou en cas de litige.
Article 23 — Anonymat dans la publication. « Lorsque ces données sont utilisées à des fins de publication […], elles sont impérativement traitées dans le respect absolu de l’anonymat. » Publier un témoignage, même partiellement anonymisé (« Marie, 34 ans »), est peu compatible avec un anonymat « absolu » — formulation qui n’admet pas de degré.
Article 29 — Loyauté entre pairs. Une stratégie agressive de récolte d’avis pour surclasser un·e confrère local peut être lue comme du détournement de patientèle (lecture déontologique, pas qualification juridique automatique).
Articles 30 et 32 — Image et publicité mesurée. Le code n’interdit pas la publicité, mais demande qu’elle reste mesurée. Un mur d’avis dithyrambiques renvoie une image de service commercial qui s’en éloigne nettement.
Pourquoi ne pas publier d’avis sur son site internet
La recommandation n’est pas une « interdiction légale du code », mais la pratique la plus cohérente avec le secret professionnel et avec les articles 14, 23 et 32.
Le consentement ne suffit pas. Il est obtenu dans une relation asymétrique (Principe 1 du code). Le secret professionnel engage le psychologue vis-à-vis de la loi, pas seulement vis-à-vis du patient : son accord ne lève pas, à lui seul, l’obligation. Et un témoignage publié reste indexé pendant des années — la personne peut le regretter bien après.
L’effet est faible. Les patients potentiels savent qu’un témoignage est sélectionné par le praticien : sa valeur informative est limitée. Les éléments qui rassurent vraiment sont d’un autre ordre (titre, ADELI, parcours, approche, tarifs). L’absence de témoignages chez un psychologue n’est pas un signal négatif — c’est même devenu, pour beaucoup, un signe de sérieux.
L’image collective compte. Un site de psychologue qui adopte les codes marketing d’un service commercial — cinq étoiles en bandeau, citations en italique, photos de patients souriants — installe une confusion qui dessert l’ensemble de la profession (article 30).
Recommandation pratique : aucune section « avis », « témoignages » ou « ils me font confiance » sur votre site, même discrète. Si un prestataire vous le propose, vous pouvez le refuser en vous appuyant sur ce cadre — voir aussi les promesses trop belles des offres « site psychologue ».
Et la fiche Google Business Profile ?
C’est le cas le plus délicat : vous ne contrôlez pas qui poste un avis. Un patient peut décider seul de laisser une note. Vous ne pouvez ni l’empêcher ni le supprimer. Posture défensive recommandée :
Ne jamais solliciter
Pas de SMS automatisé, pas de QR code en salle d’attente, pas de phrase glissée en fin de séance, pas de bouton « laissez un avis » sur le site, la signature mail ou Doctolib. La règle s’aligne sur l’article 14 et vaut aussi pour les patient·e·s qui « voudraient bien » : leur faciliter l’idée constitue déjà une sollicitation.
Ne pas répondre avec un contenu identifiant
Deux options prudentes :
- Ne pas répondre. Le silence n’engage à rien.
- Répondre par une formule neutre qui ne confirme ni n’infirme un suivi : « Bonjour, merci pour votre message. Pour toute demande, vous pouvez me joindre par téléphone ou via mon site. »
À éviter absolument, même pour un avis positif :
- « Merci pour votre confiance, à bientôt » → confirme une relation.
- « Heureux que la thérapie vous ait aidée » → divulgue le contenu.
- « Je me souviens bien de nos séances » → atteinte grave au secret (risque pénal).
Avis négatif ou diffamatoire
- Critique factuelle (« attente longue ») : silence, ou réponse purement logistique si vous êtes sûr·e de ne pas glisser vers la défense personnelle.
- Hostilité sans détail identifiable (« charlatan ») : aucune réponse sur le fond. Toute argumentation vous expose au secret. Signalez l’avis à Google.
- Faux ou diffamatoire : signalez à Google. En cas d’accusation grave, consultez un avocat (recours pour diffamation, article 29 de la loi du 29 juillet 1881).
Signaler un avis : business.google.com → onglet Avis → trois points à droite → Signaler comme inapproprié. Délai variable, suppression non garantie. Les avis purement diffamatoires sont fréquemment retirés ; les avis négatifs mais factuels rarement.
Construire la confiance autrement
Si vous renoncez aux témoignages et adoptez une posture défensive sur les avis, d’autres leviers — bien plus solides qu’une étoile — restent disponibles.
Sur votre site : titre et numéro ADELI affichés ; parcours et formation détaillés sobrement ; approche clinique expliquée sans jargon ; tarifs explicites et conditions (mutuelle, Mon Soutien Psy, annulation) ; coordonnées cohérentes avec votre fiche Google et les annuaires (voir SEO local pour psychologues) ; mentions légales et politique de confidentialité complètes.
Sur votre fiche Google : fiche complète (adresse, horaires, photos sobres du cabinet), description factuelle, catégorie « Psychologue » correctement renseignée. Détails dans créer et optimiser sa fiche Google Business Profile.
Hors du web : confrères et consœurs qui vous orientent (première source historique de patientèle, la plus alignée avec la déontologie) ; médecins généralistes, services hospitaliers, associations spécialisées ; annuaires professionnels (FFPP, SNP, annuaires départementaux).
Cas particuliers
Doctolib, Maiia, Resalib. Mêmes recommandations déontologiques que sur Google : ne pas solliciter, ne pas répondre avec un contenu identifiant, signaler les abus. Sur Doctolib, vérifiez les paramètres : certaines invitations automatiques à la notation sont désactivables. Comparatif site vs Doctolib : autre guide.
Avis de proches ou collègues. Ce n’est pas le secret professionnel qui est en cause, mais le Principe 3 du code (intégrité et probité) et les règles sur les pratiques commerciales trompeuses : un avis qui simule la voix d’un·e patient·e induit le public en erreur. À éviter, même bien intentionné.
Carrousels « avis vérifiés » importés sur le site. Pratique qui cumule les problèmes : republication de contenus identifiants, institutionnalisation des avis, contradiction avec l’article 23 (anonymat) et risque sur le secret professionnel. À refuser — signal typique d’une offre « toutes professions » mal adaptée aux psychologues.
Questions fréquentes
Le code m’interdit-il vraiment de demander des avis ?
Pas au sens juridique strict (le code n’est pas une loi, pas d’ordre national). En revanche, l’article 14 déconseille fortement d’utiliser la relation thérapeutique à des fins personnelles ou commerciales. Si vous adhérez à une organisation signataire, votre syndicat peut aussi vous rappeler ces règles.
Suis-je obligé·e de répondre aux avis Google ?
Non. Le silence est souvent la posture la plus prudente, notamment pour éviter tout glissement vers le secret professionnel.
Un avis positif spontané est-il un risque ?
Pour la personne, oui (elle s’expose). Pour vous, le risque ne se matérialise que si vous réagissez d’une manière qui confirme la relation. Sans réponse, ou avec une réponse neutre, l’exposition reste limitée.
Si un·e patient·e me demande où laisser un avis ?
Expliquez brièvement le cadre : secret professionnel, préférence pour des retours en séance, pas de sollicitation de votre part. Si la personne publie quand même un avis spontané, vous n’êtes pas fautif·e tant que vous ne l’avez ni encouragé ni confirmé publiquement.
Puis-je désactiver les avis sur ma fiche Google ?
Non. La seule façon de ne pas en avoir est de ne pas avoir de fiche, ce qui n’est pas un choix gagnant en termes de visibilité.
Un faux avis peut-il me nuire durablement ?
Google retire la plupart des faux avis manifestes. Pour les cas ambigus, le recours est plus long. La meilleure protection reste une fiche complète et un site sérieux : un avis hostile pèse peu face à une présence professionnelle bien construite.
J’ai déjà publié des témoignages, que faire ?
Retirez-les, sans drame ni annonce. Reconstruisez un bandeau de confiance avec des éléments factuels (ADELI, formations, approche, conditions de consultation).
En résumé
- Pas de témoignages ni d’avis republiés sur votre site — alignement avec le code et le secret professionnel.
- Pas de sollicitation d’avis (SMS, mail, QR code, phrase en séance) — article 14.
- Pas de réponse identifiante aux avis Google — silence ou formule logistique, pour respecter le secret professionnel (obligation légale).
- Signaler à Google les avis manifestement abusifs ; recours juridique si diffamation grave.
- Construire la confiance autrement : titre, ADELI, parcours, approche, mentions légales, cohérence des informations.
Cette discipline protège ce qui fait la valeur d’une consultation : le cadre, la confidentialité, la qualité du lien thérapeutique. Aucun avis cinq étoiles ne les remplacera.
Cet article ne constitue pas un avis juridique. En cas de doute sur une situation concrète, consultez votre organisation professionnelle ou un avocat.
Pour aller plus loin
- Guide complet de la visibilité en ligne pour psychologues — vue d’ensemble et plan d’action.
- Créer et optimiser sa fiche Google Business Profile — étape par étape.
- Site internet pour psychologue en 2026 — structure, cadre déontologique, RGPD.
- Les promesses trop belles des offres « site psychologue » — repérer les modules problématiques.
Pour un regard externe sur votre site ou votre fiche Google sous l’angle déontologique (et plus largement éthique), vous pouvez demander un diagnostic gratuit ou consulter la page création de site pour psychologue.